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Chanter juste

Le contexte

Chanter c'est s'exposer, prendre des risques. Si cette mise en avant est ratée, le chanteur souffrira dans son amour-propre. C'est notamment le cas pour la question de la justesse. Beaucoup de personnes se retrouvent en situation d'inhibition au moment de chanter, suite à une remarque maladroite : « Tu chantes faux ».

Je remarque fréquemment, chez certains de mes élèves, la présence de cette crainte, qui est le plus souvent injustifiée.

Ne pas tout mélanger

Pour les mêmes raisons, les auditeurs ont tendance à qualifier de faux tout ce qui ne leur plaît pas dans une voix (absence de musicalité, pauvreté du timbre…) Nous pouvons détester une voix sans que pour autant le chanteur ait des problèmes de justesse.

Fausse note ou note fausse ?

Voici le début du refrain de la chanson « Youcali » de Kurt Weill, chanté par une voix de synthèse.

  • Écoutez le premier extrait : vous serez tous d'accord pour dire que ce type de voix n'est pas très émouvant. En revanche l'intonation est incontestablement juste.

    Justesse 1

  • Dans le deuxième extrait, le chanteur fait ce qu'on appelle une fausse note : en l'occurrence il chante un do au lieu d'un ré sur le mot « de ». L'intonation n'est pas en cause : il s'agit d'une erreur.

    Justesse 2

  • Dans le troisième extrait, le chanteur chante trop bas (un quart de ton) sur les notes fléchées. Il ne s'est pas trompé de notes, mais pour des raisons de technique vocale par exemple, il n'a pas été en mesure d'assurer la justesse de celles-ci.

    Justesse 3

Comment ça fonctionne ?

Chanter juste c'est être capable de transformer en son réel un son mental mémorisé d'après un code musical défini et acquis. Ce processus comporte trois phases :

  • Entendre : Il est très rare que l'audition soit déficiente. La technique d'apprentissage et la technique vocale sont les causes les plus fréquentes. Entendre juste, c'est d'abord être capable de se concentrer pour écouter juste. Un certain nombre de paramètres comptent dans cette phase. Le timbre de l'instrument (il est plus facile de reproduire une note jouée sur un piano que sur un xylophone), la hauteur absolue (dans un premier temps, il faut éviter que le chanteur ait à octavier).

  • Analyser : C'est d'abord travailler sa mémoire musicale. Le cortex stocke une infinité de sons qu'il organise ensuite en langage. A l'écoute d'un son, il le compare à sa bibliothèque sonore. En fonction de la demande, il envoie ensuite un signal au larynx (reproduire le même son, chanter à la tierce…)

  • Émettre : Cette troisième phase est dépendante de la technique vocale du chanteur. La demande formulée au larynx est la bonne, mais le geste mal réalisé produit une intonation incertaine.

Comment s'y prendre ?

On peut constater à la lumière de cette description deux types de problèmes. Le premier est un problème d'éducation, qu'on corrige par des exercices de différenciation sonore (apprendre à reconnaÎtre un son, seul, puis dans un accord, distinguer plus aigu-plus grave etc). Le second est plutôt un problème d'émission vocale, qui peut toucher des chanteurs aguerris et qui se règle par le travail technique. Chez les chanteurs les moins expérimentés, ces deux problèmes se cumulent quelquefois.

Chanter juste, ce n'est pas si difficile !

Cette remarque peut vous paraÎtre provocatrice : elle ne l'est pas. Les chanteurs ayant des problèmes de justesse manquent d'habitude ou de maÎtrise du geste vocal. Une pratique vocale bien encadrée permet de se débarrasser des inhibitions liées au chant, et de résoudre les problèmes techniques, sources d'imprécisions de la hauteur des sons. Après quelques mois de travail, il est possible de constater une amélioration tangible.

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