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Les obstacles à la compréhension du texte chanté

Pour mieux les définir, il est préférable de partir de la voix parlée : l'intelligibilité de celle-ci implique le respect d'un certain nombre de codes dans la production sonore. Plus la voix chantée s'en éloigne, plus la compréhension devient difficile.

Le rapport de durée entre consonnes et voyelles

Le passage du parlé au chanté implique un allongement des voyelles : une phrase chantée dure plus longtemps que la même phrase parlée. Dans certains répertoires, on chante plusieurs secondes sur la même voyelle (vocalise), il devient alors plus difficile de percevoir la globalité d'un mot.

Le rythme des syllabes et des mots

Il n'existe pas de langue sans rythme : en parlant, comme en marchant, on marque des temps forts et des temps faibles. Les mots possèdent des accents d'intensité et/ou de longueur. Ainsi, dans le mot «attendre», la deuxième syllabe est plus longue que la première ou la troisième. Plus le rythme d'une composition est proche de ce rythme des mots, plus la diction chantée paraÎtra naturelle.

Mélodie et tessiture

La mélodie du parlé utilise en général une tessiture réduite par rapport au chanté : le grave et le médium de la voix (sauf exception : cri par exemple). Nous parlons dans la zone la plus confortable de notre tessiture, celle qui nous demande le moins d'efforts. Les répertoires qui privilégient la compréhension tiennent compte de ces paramètres : mélodie à l'ambitus limité, sans grands intervalles. On peut prendre l'exemple d'un opéra de la fin du XVIIIème (époque de Mozart). Dans ce genre d'oeuvre, les airs sont destinés à mettre en valeur les compétences des chanteurs. Les procédés utilisés (virtuosité, notes aigües, grands intervalles, rendent la compréhension plus difficile, ce qui n'est que partiellement compensé par la répétition des vers. A l'opposé, le récitatif, porteur de l'action se limite au medium de la voix et adopte un débit beaucoup plus rapide, avec des notes répétées, comme dans une conversation.

Les modifications liées à l'intensité sonore.

Les chanteurs privilégient, à forte intensité, le second formant (cavité buccale) et donc les voyelles articulées en position antérieure. Le rendement énergétique est meilleur au détriment du nombre de positions vocaliques divisé par 2 ou par 3. Ce phénomène est très sensible dans certaines musiques amplifiées type rock dur, métal.

Les modifications liées à l'émission de l'aigu

De tous les points abordés ici, c'est le plus technique. Je me limite volontairement à quelques aspects essentiels, sans entrer dans des détails qui touchent à la physiologie et à la physique acoustique. Disons pour commencer que plus on va vers l'aigu, plus l'intelligibilité devient aléatoire : l'aigu d'une basse sera toujours plus compréhensible que l'aigu d'un soprano. En effet, pour des raisons d'harmoniques, la couleur des voyelles se dégrade progressivement au dessus du fa3 (350 hz) pour tendre vers une «voyelle unique non typée» au-dessus du mi4 (660 hz). Autant dire que, dans les airs de la Reine de la nuit, très peu de syllabes sont compréhensibles. A ce phénomène s'ajoute la couverture des sons, qui provoque des transformations de voyelles par modification de l'espace pharyngé. Enfin, il faut noter que l'émission de certaines consonnes devient plus difficile avec l'aigu (les voisées fricatives en particulier)

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