Les cursus des écoles de journalisme ou de la formation des enseignants ne comportent aucun module de travail sur la voix.
Chacun fait donc comme il peut : l'empirisme est la règle.
Les utilisateurs professionnels de la voix parlée subissent un préjudice considérable du fait de la baisse de performance de l'organe vocal. Le jugement des auditeurs est implacable : une voix qui vous échappe expose à la pitié, voire au ridicule ou au chahut dans un établissement scolaire. La confiance en soi en est considérablement diminuée.
Le même constat s'impose pour les pédagogues de la voix : pour beaucoup d'entre eux, la voix parlée est une préoccupation secondaire..
Pour toute personne qui dans son activité professionnelle, se doit de disposer d'une voix performante, apte à convaincre et transmettre un contenu à un auditoire.
Tous les enseignants sont concernés, même si la situation d'un maître des écoles en primaire n'a rien à voir avec celle d'un maître de conférence qui s'exprime à l'aide d'un micro.
Les journalistes travaillant dans l'audiovisuel sont également concernés. Enfin, les comédiens représentent une pluralité de situations. Au cinéma le parler est quasiment celui du quotidien. Dans une grande salle ou l'on joue une pièce du répertoire, la voix est une voix «soutenue» qui nécessite des éléments techniques proches du chant classique.
D'abord, par une action de conscientisation de l'émission vocale, de ses différents paramètres. La voix ne doit plus être un objet inconnu dont on subit les aléas, mais le résultat d'un geste corporel mieux maîtrisé parce que mieux compris.
Ensuite par l'apprentissage des sensations et de leur correspondance en termes de résultats.
Enfin, par l'assimilation de gestes techniques précis permettant une vocalité sans effort.
Les performances vocales ainsi obtenues vont très au-delà de la voix du quotidien : c'est ce qu'on appelle la voix projetée.
Dans mon travail avec les chanteurs, j'utilise fréquemment la voix parlée pour faire sentir et résoudre certains problèmes techniques. Le chemin inverse est utile pour les utilisateurs de la voix parlée, ne serait-ce que pour l'utilisation d'une tessiture plus ample.
Qui plus est, il est souhaitable, pour les comédiens en particulier, d'avoir un minimum de maîtrise de la voix chantée, afin de pouvoir se présenter à des castings
Songez que d'un point de vue technique il n'existe pas de basculement du chanté au parlé, mais plutôt une continuité : on parle essentiellement avec les consonnes et on chante essentiellement avec les voyelles.
Le chanteur «marque» pour s'économiser durant les répétitions : c'est difficile pour le comédien. Celui-ci doit à la fois utiliser un modèle vocal travaillé et rester le plus naturel possible. Il doit également se conformer à des codes vocaux qui évoluent. L'articulation doit être précise sans durcir l'émission vocale, et s'appuyer sur un travail musculaire efficace.
Tout commence avec le corps. Une bonne qualité de projection implique un travail que j'assure pour tous mes élèves : posture générale, verticalité, suppression des raideurs et mouvements parasites au niveau du buste. La respiration et la connaissance de la voix, des sensations, l'apprentissage de la maîtrise des hauteurs constituent ensuite l'essentiel du travail.
Les enseignants sont très exposés. Ils sont en situation de parler souvent et longtemps, y compris dans des situations difficiles.
Toute dégradation de la qualité vocale est susceptible de modifier les paramètres de déroulement du cours par perte d'autorité naturelle. Quelle est la crédibilité d'un professeur qui se présente devant ses élèves avec une voix atone ou un enrouement permanent ?
Quelques recommandations de bon sens : ne pas jouer au concours de décibels avec sa classe. Se reposer en faisant parler les élèves, ce qui évite d'utiliser sa voix en «flux continu». Ou encore éviter la position assise derrière son bureau pour lui préférer la déambulation, porteuse de tonicité mais aussi de détente.
Les contraintes vocales du métier sont souvent liées au débit du texte : plus celui-ci est élevé, plus la respiration est difficile à maîtriser. La position de travail, le ton de certaines émissions renforcent ces difficultés.
Très souvent les journalistes repoussent au dernier moment la respiration. Les conséquences en sont désastreuses : mouvement des épaules qui se raidissent, inspiration sonorisée, tensions sur l'émission vocale.
Il m'arrive fréquemment de prévoir, dès le début d'une émission, l'enrouement à venir du journaliste qui s'exprime.
Réenvisager la notion de posture, relocaliser le geste respiratoire constituent des pistes de travail. Il convient ensuite d'intégrer les respirations au texte pour qu'elles apportent une réelle détente musculaire.
Le premier réflexe est de se dire que tout devient plus
facile, et qu'on ne risque rien puisqu'il n'y a aucun effort à fournir pour être entendu. la réalité est bien différente. Pourquoi ? Parce la dissociation entre volume perçu et tonicité réelle incite à diminuer celle-ci. Il est tellement agréable de s'exprimer devant un amphi plein comme on parlerait dans son salon !
Le risque existe qu'un effort laryngé compensatoire soit produit qui tôt
ou tard sera ressenti. Et souvent mal interprété : on le prendra pour une petite affection ORL.
La journée a été très difficile : votre voix est éteinte. Ce soir vous voyez des amis, à qui vous allez abondamment parler pour oublier. Demain, une longue journée vous attend : votre voix ne sera pas au rendez-vous. Demain soir, le cumul aidant, ce sera l'extinction de voix. Faute d'un repos vocal suffisant, vous consulterez très rapidement un phoniatre. Sachez que plus votre larynx fonctionne en «mode dégradé», plus vous allez compenser par des gestes vocaux contre-productifs.
Le travail vocal est le seul moyen d'éviter cet enchainement fatal. Certes, le repos vocal vous remettra en forme, mais outre qu'il est difficile de se taire une journée entière, vous ne serez pas à l'abri d'une rechute.